Flowers De Luce Noel - Analysis
Un chant de Noël qui préfère la joie au recueillement
Ce Noël de Longfellow est une petite farce chantée dans une langue d’emprunt: un français volontairement savoureux, bousculé, plein de clins d’œil. Le poème met en scène une bande d’hommes qui, sous les astres de Noël
, avancent dans le froid en répétant comme un refrain de taverne: Bons amis
, Allons donc chez Agassiz!
Le cœur du texte n’est pas la Nativité mais un autre type d’adoration: l’adoration d’un hôte, d’un patron, presque d’un saint laïque. Le ton est d’abord expansif, bruyant, givr é, comme si Noël autorisait toutes les effusions.
La scène se construit sur une contradiction délicieuse: ces hommes se donnent des airs de pretre
tout en étant chacun ivre
. Ils veulent faire pèlerinage, mais leur foi passe par la boisson, les chansons, et une camaraderie tapageuse. C’est une liturgie profane, et c’est précisément ce mélange qui fait rire: le sacré est imité par des corps qui trébuchent.
Portraits de buveurs comme une procession comique
Longfellow déplie la troupe comme une galerie de types, chacun défini par une origine, un accent, une boisson, une manière de parler. Oeil-de-Perdrix bredouillait comme un ivrogne
dans son patois de Bourgogne
; Verzenay le Champenois insiste qu’il est Bon Francais
mais point New-Yorquois
; un vieux Hidalgo
se vante d’un ancêtre du temps de Charlemagne
. Même quand le poème invente, il vise juste: ces titres et ces terroirs sont des costumes, et la grandeur affichée sert à justifier une seule chose, répétée avec une obstination enfantine: J'ai danse
, J'ai chante
, J'ai dine
, J'ai soupe
, J'ai couche
chez Agassiz!
Le refrain fonctionne comme un tampon d’appartenance. Dire chez Agassiz
, c’est prouver qu’on est du cercle. Et la gradation des verbes (danser, chanter, dîner, souper, coucher) fait de la maison d’Agassiz un monde total, un lieu où l’on vit tout, jusqu’à dormir. On sent la convivialité, mais aussi la petite vanité: chacun veut être celui qui a été le plus intime, le plus proche de l’hôte.
Le pivot: de l’ivresse triomphante au rappel à l’ordre
La marche devient elle-même un gag sonore: ils arrivent trois a trois
, montent l'escalier de bois
, et tout est vacarme
et Clopin-clopant!
Puis ils supplient: Ouvrez
, n'ayez peur
, jurent qu’ils sont Gens de bien
et gentilshommes
, et se disent De la famille Agassiz
. C’est là que le poème bascule: l’excès de familiarité, la revendication de parenté symbolique, appelle une réponse.
La dernière voix tranche net: Chut, ganaches!
Le registre change, plus sec, plus autoritaire. On leur reproche leurs glouglous
, leurs abominables strophes
, et on les renvoie à une exigence inattendue: Respectez mon Agassiz!
Tout l’intérêt du texte est dans ce retournement: l’hommage qui se voulait joyeux devient presque une profanation, et l’amitié proclamée se révèle envahissante.
Agassiz, savant fêté et “Juste” jalousement gardé
Le nom propre n’est pas un simple prétexte: l’allusion aux Philosophes
et au Pere Agassiz
peint l’hôte comme une figure de savoir entourée d’admirateurs bruyants. (Agassiz fut bien un savant célèbre de l’Amérique du XIXe siècle, et Longfellow évoluait dans le même monde universitaire.) Le poème joue donc sur une tension sociale précise: la maison du penseur attire des fidèles qui veulent communier, mais cette communion menace l’espace du travail intellectuel.
Le Chartreux qui s’écrie Benedictions sur le Juste!
pousse l’idolâtrie à son comble: Agassiz est traité comme un saint. Et pourtant, la clôture dit l’inverse: si Agassiz mérite respect, il ne mérite pas forcément cette dévotion sonore. Le poème rit avec les buveurs, puis rit d’eux, et termine sur une vérité un peu piquante: l’admiration peut devenir une indiscrétion, surtout quand elle se présente en chantant sous la fenêtre, convaincue que l’amour donne tous les droits.
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